Chargement Évènements

« Back

Marie José Burki

Petit Grand Monde

2019-11-16 - 2019-12-21, Genève

  • Cet évènement est passé

Vernissage à l’occasion du week-end GENEVE.ART, les samedi 16 et dimanche 17 novembre 2019 de 11h à 18h, Rue Bains 61, 1205 Genève.

La galerie Xippas est heureuse de présenter pour la première fois au sein de ses espaces une exposition de l’artiste suisse Marie José Burki.

La photographie, le néon, le texte et la vidéo sont les outils de prédilection de Marie José Burki. Au travers de dispositifs visuels, son travail s’attache à mettre en œuvre des rapports toujours renouvelés entre images fixes et images en mouvement, lesquelles interrogent sans relâche notre perception du réel dans un monde rassasié d’images. Associée à une stricte observation de mise en situation du quotidien, la confrontation des médiums concourt à la mise en œuvre d’une temporalité « figée ». Elle contribue également à l’évocation de moments à la fois très réels et comme « suspendus », lesquels expriment si bien le rapport au monde dans lequel nous vivons. Au-delà d’une narration quasiment absente, la description se joue des codes du pictural et du littéraire, questionnant aussi le rapport à la pose dans l’image, de même que les notions de durée, d’espace et de perception. Le temps filmé par Marie José Burki n’est pas un temps social. Nu et dépouillé, le temps passe devant notre regard, le ralentit et nous donne à réfléchir sur un monde saturé par son accélération.

Dans la première salle, un écran diffuse Exposure: dusk, une vidéo filmée à la Petite Écurie de Versailles où sont entreposées les statues en plâtre des collections de l’école des Beaux-Arts et de la Sorbonne de Paris.

« Peu importe leur état de conservation, elles sont maintenant rangées, classées : les femmes avec les femmes, les hommes avec les hommes, enfin les déesses entre elles, les dieux entre eux. Ces représentations figurent des histoires de combat et de violence, de pouvoir et de puissance, d’exploits et d’humiliations, des histoires de séduction et d’abandon, de coups bas et de bravoure. Elles sont ici dépouillées et privées de toute signification. La caméra passe du corps à la matière, de la figure au plâtre poussiéreux et abîmé. Le regard oscille entre la figure et la matière, entre la tête de cheval et le plâtre maculé. […]

Groupées par figure, étiquetées, emballées parfois dans du film plastique, l’histoire de leur grandeur et de leur désaffection se lit à la surface des statues. Ces copies appartiennent à un monde déjà disparu au moment de leur élaboration. […] Ce qui m’occupe n’est ni la genèse ni le déclin de chacune des pièces, mais leur concentration, la répétition des figures, des visages et des corps, reproduits à l’identique dans une même pose. Paradoxalement, les effets du passage du temps leur donnent une certaine singularité. »

L’image photographique est figurative de par sa nature et se rattache à la tradition de la peinture, aux modes de représentation traditionnels qui ont précédé l’art moderne. C’est son statut d’image figurative que questionnent ces représentations d’arbres et de nuages. La photographie intéresse ici l’artiste en tant que surface, celle des tableaux, des nuages, des haies, des arbres… Le nuage est la matrice d’une multitude de représentations en même temps. Il ne représente rien, car il n’est rien, si ce n‘est un peu de vapeur d’eau. La photographie fixe ici l’intangible, le fugitif.

­« Mon travail se fait disons entre les mots et les images, comme par frottements divers. Mon travail est à la croisée de l’image et de l’idée, les néons font d’une pensée une image, d’une certaine manière je fais là le chemin inverse de ce que je fais avec les vidéos. […] Écrire sans lever le crayon du papier est une trace plutôt qu’une écriture, cette trace est ensuite suivie par l’artisan néoniste qui courbe son tube en suivant le dessin de cette trace. »

La deuxième vidéo, Petit Grand Monde, présentée dans la salle suivante, semble avoir peu de lien avec Exposure: dusk, cependant il est aussi ici question de figures et de figuration. Dans cette œuvre, la caméra de Marie José Burki parcourt le Panorama Bourbaki, une peinture de l’artiste genevois Edouard Castres qui possède une histoire assez mouvementée. En effet, le panorama est créé en 1881 à Genève, il est ensuite déplacé à Lucerne, en Suisse. Coupé d’un tiers de sa hauteur, enfoui dans un parking, exhumé, puis complété de mannequins au milieu des années 2000, il trône aujourd’hui dans une ancienne rotonde à l’unique lumière zénithale, inséré dans un bâtiment moderne de Lucerne. Il se différencie des autres congénères encore aujourd’hui en activité, car il ne représente ni un paysage grandiose, ni une scène héroïque, mais expose un moment de détresse : le passage de la frontière de l’armée défaite du général français Charles-Denis Bourbaki. Les 87’000 hommes qui composent les troupes sont blessés, affamés, épuisés, et doivent traverser la frontière franco-suisse dans le Jura, près de Pontarlier, par des températures allant jusqu’à -20 °C, afin de se réfugier en Suisse. Marie José Burki utilise le médium de la vidéo pour mettre en évidence ces exilés, leurs déplacements, leur détresse. Elle retrace ainsi l’invasion des malheureux, de leur souffrance physique et morale, ainsi que la rareté des représentations compassionnelles.

« Le visiteur se déplace, il longe le panorama, il tourne sur lui-même en quelque sorte, au centre de la représentation. Il ne peut l’appréhender d’un seul coup d’œil. C’est impossible, il doit faire un trajet, longer le panorama, le découvrir dans la succession temporelle. Paradoxe d’une représentation « totale » que l’on découvre que de manière fragmentaire. »

La dernière vidéo présentée dans la salle au sous-sol est un long métrage réalisé par Marie José Burki en 2017. Intitulée A Film, cette vidéo n’est en réalité pas un film au sens cinématographique du terme. Elle n’est pas narrative. Un homme et une femme semblent converser. Une discussion à attraper en cours de route par le spectateur. Les images successives issues de différents courts-métrages, bercées par l’interprétation des textes en anglais, invitent le spectateur à la rêverie, comme installé dans un cocon où il fait bon rester.

Marie José Burki est née en 1961 à Bienne, Suisse. Elle vit et travaille entre Bruxelles et Paris. Sa première grande exposition personnelle a lieu à la Kunsthalle de Bâle en 1995. Entre 1998 et 1999, elle participe à une série d’expositions personnelles à la Kunsthalle de Berne, au Kunstverien de Bonn, au Camden Arts Center de Londres et au Kunstverein de Stuttgart. En 1997, en réponse à une initiative de Diane Shamash et Minetta Brook, elle commence à développer un projet cinématographique et audio pour l’espace public à New York. La présentation a suivi en mai 2001. Marie José Burki a participé à de nombreuses expositions collectives, comme au Museum Folkwang à Essen et au Musem van Hedendaagse Kunst (Muhka) à Anvers. De 2003 à 2009, elle est professeur à la Hochschule Für Bildende Künste à Hambourg. Depuis 2009, elle est Professeur à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

Dès le début de sa carrière artistique Marie José Burki a remporté de nombreux prix tels que le prix Manor en 1993 à Genève, le prix de reconnaissance de la Fondation Vordemberge-Gildewart (Düsseldorf, Allemagne), le prix de l’art vidéo d’UBS en Suisse en 1996 ou encore le Sabam Award en 2018. Par ailleurs, depuis 1994 elle a été plusieurs fois artiste invitée à la Rijksakademie d’Amsterdam.

 

samedi 16/11 - samedi 21/12, 2019

Rue des Sablons 6, 1205, Geneva, Switzerland
tel. +41 22 321 94 14 fax +41 22 320 39 04