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dean monogenis

CONTINUOUS COAST

2021-11-06 - 2022-01-15, Paris

Nous sommes heureux d’annoncer Continuous Coast, la deuxième exposition personnelle de Dean Monogenis dans notre espace parisien. L’exposition présente les peintures les plus récentes de l’artiste réalisées pendant les mois d’immobilité dus au Covid. Pour faire face à l’isolement physique et mental, ce nouveau cycle d’œuvres interroge la notion de lieu et prône la connectivité. Jaillissant d’une terre devenue stérile par l’impossibilité de circuler librement, il nous fait voyager à travers des lieux vivants mais inaccessibles. Après tout, « coast » n’est pas seulement un nom (côte) mais aussi un verbe qui implique l’idée de mouvement, parfois celui de flottement, vers une destination désirée.

Inspiré du poème de Richard Nonas, ce nouvel ensemble s’enracine dans des « souvenirs de sensation des lieux » et mêle les émotions aux images. Il dessine un littoral imaginaire et attirant, composé à partir de fragments de paysages liés entre eux sur les plans formel et conceptuel. Ce sentiment d’unité donne l’impression que les œuvres font partie d’un corpus, d’un tout interconnecté non seulement grâce à l’ambiance générale mi-rêveuse mi-apocalyptique des peintures, mais aussi par un élément abstrait – les rayures – omniprésent dans la composition. Celles-ci, destinées à remplacer l’eau, transforment les océans, les rivières, les cascades en un espace négatif, en un vide conceptuel. Dans certaines peintures, les rayures courent en lignes parallèles, répétées obsessionnellement à intervalle régulier. Dans d’autres, comme dans Slogans Don’t Save Lives, elles changent de rythme et créent des rides visuelles, en rappelant des frontières d’une étrange beauté où se rencontrent eau douce et eau salée.

Bien que les rayures aient été un motif fréquent dans les compositions de Dean Monogenis, apparaissant ici et là pour contrebalancer ses peintures par ailleurs figuratives, leur rôle a gagné en importance dans les œuvres plus récentes. Elles occupent presque autant d’espace que le ciel et se sont répandues dans le paysage. Cette répartition quasi égale entre les éléments picturaux et abstraits crée un équilibre dans la composition. La présence de rayures ne perturbe ni ne contredit la composante figurative, peinte avec soin, jusqu’aux détails les plus fascinants. Elles s’inscrivent harmonieusement dans la palette des teintes de chaque tableau.

Les rayures peuvent être comprises de mille manières et invitent à lire entre les lignes. Elles se réfèrent non seulement à l’eau, mais aussi à des liens ou des cordes invisibles entre les choses – ici, entre les côtes -, qui fonctionnent comme une « colle » narrative et relient des lieux lointains. Les rayures, étroitement juxtaposées les unes aux autres, créent un doux effet optique et imitent les vibrations de la surface de l’eau, son mouvement tremblant. Elles peuvent également rappeler des textures 3D partiellement téléchargées, comme si l’image s’était figée pendant le processus de chargement.

Dans son opus The Machine in the Garden, Leo Marx s’est demandé pourquoi les sites, marqués par la présence de l’eau, ont souvent été considérés plus séduisants dans la peinture pastorale. Il explique cette attirance souvent inconsciente par la capacité que l’eau a de nous renvoyer notre propre image. Certes, on ne peut se reconnaître dans un lac ou une rivière peints, mais la présence même de l’élément aquatique embrasse, au moins conceptuellement, cette possibilité. Ici, le spectateur ne doit s’attendre qu’à voir une version fragmentée de lui-même, un reflet décomposé par des rayures, comme pour rappeler la fragmentation générale du sujet. On ne peut que spéculer sur la façon dont cette fragmentation a été affectée par la pandémie obligeant chacun à rester chez soi. La plupart des lieux physiques étant hors de portée, la seule possibilité était alors de se lancer dans des errances et des aventures virtuelles.

Le « virtuel » est la pierre angulaire de cette nouvelle série, même s’il doit être pris dans un sens plus large, comme quelque chose qui entre en relation complexe avec le « réel ». Pas uniquement celle d’opposition, mais aussi de simulation, projection ou substitution. De même, les nouvelles peintures de Dean Monogenis cherchent à combler un vide, une lacune. A compenser l’absence. La plupart des paysages nous rappellent des lieux réels : des montagnes se dressent autour des lacs, des forêts sauvages déferlent sur les terres, une route serpente le long de la côte. Alors qu’ils s’inspirent de repères existants, tels des fjords norvégiens, des paysages aquatiques grecs ou des alentours du lac Mead, il ne s’agit pourtant pas de leur reproduction mais de leur réinvention : les peintures capturent le virtuel, l’onirique.

Bien que fantastiques, les œuvres de Dean Monogenis incarnent autant «le réel» qu’un rêve. Et, comme un rêve, elles absorbent l’incongru, la poésie des symboles. En effet, la poésie survient quand le « réel » trébuche et fait un faux-pas. Ici, l’étrangeté se cristallise dans un bâtiment abandonné (Asmodea) ou des tentes irréellement colorées (Camp Life). Elle peut s’incarner dans une lumière qui prend pleinement la forme d’une entité géométrique (Harmony in my Head) ou dans une auréole atomique embrasant un bâtiment moderniste (Two Tides). Pourtant, la dimension poétique ne s’arrête pas là. Certains tableaux résonnent d’influences littéraires. La lecture du Mount Analogue, le roman surréaliste de René Daumal, a accompagné la réalisation de Tores del Paine. Last Resort a été enveloppé par la toile d’araignée de pensées inspirées par Monkey Wrench Gang, un livre à orientation écologique d’Edward Abbey. Les titres, eux aussi, introduisent de subtiles variations de sens. Certains recèlent des références à des chefs-d’œuvre de fiction (Halation est un clin d’œil à Infinite Jest de David Foster Wallace), d’autres reprennent les gros titres de la presse (Slogans Do Not Save Lives ou Conquest of Air). Ils renforcent le caractère fictionnel des œuvres et brouillent la frontière entre l’existant et le possible, en encapsulant le réel d’une patine surréaliste.

Bien qu’étranges, les paysages de Dean Monogenis sont pourtant ancrés dans l’authentique. D’une part, par la réflexion sur la notion de lieu, qu’il s’agisse d’un lieu en particulier ou de n’importe quel lieu. D’autre part, par la sensation de présence que les peintures évoquent. On y ressent la « douleur de ce désert, ces bois, cette chambre qui s’ouvre… » Mais qui s’ouvre vers où ? Et pour combien de temps ?

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Dean Monogenis est un artiste américain aux racines grecques qui vit et travaille à Brooklyn. Ses tableaux nous montrent des visions utopiques à l’allure dystopique, où des éléments architecturaux et naturels s’entrelacent. Au milieu de paysages rocheux envahis par la végétation sauvage, on discerne des immeubles modernistes, des échafaudages colorés, des maisons d’architecte imaginaires. Depuis l’effondrement des tours jumelles à New York, Dean Monogenis a pris conscience que les bâtiments, comme les hommes sont destinés à vivre et mourir et, tout comme les hommes, ils sont enveloppés par des histoires. Ce sont ces histoires précisément que l’artiste essaie de faire ressortir quand il isole des ensembles architecturaux et les place dans des environnements incongrus pour qu’ils se révèlent différemment.

Ses œuvres ont participé à de nombreuses expositions : au McNay Art Museum (Saint Antonio), au Pavillon de l’Arsenal (Paris), au Musée d’art moderne de Saint-Etienne Métropole (Saint-Etienne), au Schneider Museum of Art (Ashland), au Santa Monica Museum of Art (Santa Monica), au Bronx Museum of Art (New York), à la Biennale de Mykonos (Mykonos), au Angels Gate Cultural Centre (San Pedro), au Federal Reserve Board (Washington), à la Pace University (New York), au Hunterdon Art Museum (Clinton, New Jersey), au Neuberger Museum (New York), à la Herter Gallery, (Massachusetts University, Amherts), au Makor-Steinhardt Center (New York), à la Macedonian Cultural Society (New York), au Brooklyn Museum of Art (Brooklyn, New York).

En 2013, Dean Monogenis a reçu le prix « Artist  in the Market Place (AIM) », attribué par le Bronx Museum of the Arts (Bronx, NY, USA) pour lequel il a réalisé un ensemble de sculptures en 2014. En 2013 et 2016 il était en résidence au CCA Andratx, Mallorque, Espagne.

samedi 6/11 - samedi 15/01, 2022

108, rue Vieille du Temple, 75003, Paris, France
tel. +33 (0) 1 40 27 05 55