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Farah Atassi


septembre 19, 2014 - novembre 1, 2014, Genève

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La Galerie Xippas est heureuse de présenter la première exposition personnelle en Suisse de l’artiste franco-belge d’origine syrienne Farah Atassi. L’exposition comprend un ensemble de tableaux inédits. À cette occasion le critique d’art, historien de l’art et du cinéma et commissaire d’exposition Timothée Chaillou s’est entretenu avec l’artiste.

Timothée Chaillou : Farah, pour cette exposition tu présentes 5 tableaux (des huiles et glycéros sur toile de 150×190 cm et de 130×162 cm). J’aimerais que tu évoques ta pratique d’atelier, le temps de maturation de ces tableaux. Qu’en est-il de ton processus d’élaboration ? Es-tu assistée ? Procèdes-tu par collage et association de sources et formes disparates ? Quelles sont tes sources documentaires ? Utilises-tu des modèles en 3D ?

Farah Atassi : Je travaille sans aucun assistant car toutes les difficultés et les contraintes que je peux rencontrer, en concevant un tableau, font partie intégrante de ma peinture. C’est d’ailleurs ce qui a défini mon style aujourd’hui. Jouer avec ce que je sais faire ou ne pas faire, ou être contrainte par le temps de séchage par exemple : toutes ces difficultés ont modelé ma peinture. C’est ce parcours semé d’embûches qui me pousse à solutionner, et par là-même à me dépasser, autant sur le plan conceptuel que formel. Mon travail actuel est le résultat d’un long cheminement qui a débuté en 2008 avec la série des intérieurs soviétiques en ruine. Depuis, jour après jour, le travail a évolué sans même que je ne prémédite quoi que ce soit.
Il y a au départ, c’est vrai, un long travail d’assemblage d’images. Elles proviennent de livres de décoration (motifs de carrelages, de tapis et ornements architecturaux) et d’histoire de l’art. Je prends beaucoup de temps avant de commencer à peindre. Une fois que le projet du tableau est bien déterminé, je commence par dessiner un espace sur la toile. Ensuite, je pose une grille au scotch qui suit la perspective du tableau, comme une grille en 3D, mais je ne me sers jamais de logiciels informatiques. Grâce à cette grille, je déploie un motif sur toute la surface du tableau. Une fois cette étape achevée, je dispose les objets dans l’espace du tableau de manière méticuleuse, comme si je me trouvais dans une pièce et que je devais agencer ces objets. C’est une véritable composition à partir d’un espace utopique.

TC : Sculptures for Painting, The Cloud, Folkloric Setting, Cut-Outs, Ornamental Setting : voici les titres de tes tableaux. Bien qu’ils soient descriptifs, comment souhaites-tu qu’ils entrainent une lecture nouvelle des tableaux eux-mêmes ?

FA : Ces titres sont des indications. Ils désignent le plus simplement possible le concept du tableau, en d’autres termes, ce qui a été à la base de sa réalisation : partir d’un espace en pliage ou d’un montage ornemental par exemple.

TC : Tu commences à prendre possession d’un style pictural. Que penses-tu de ce que dit Heimo Zobernig à ce sujet : « le style est une nécessité existentielle, la seule et unique nécessité qui subsiste encore. J’entends par là le fait d’être reconnaissable, de pouvoir être identifié : la répétition, la redondance, qui me permettent d’être compréhensible, de posséder un langage. » ?

FA : Comme je le disais, mon style est apparu sans que je ne le cherche, et je ne pense pas l’entretenir. À partir de quelques affinités esthétiques et idéologiques, il s’est fabriqué tout seul. Je suis fascinée par les formes simples et universelles. Une vie entière ne suffirait pas à explorer tout ce qui est possible de dire à partir de ces formes.
Par ailleurs, je crois que ce qu’on ne sait pas peindre, c’est qu’on ne veut pas le peindre. Quand j’étais aux beaux-arts par exemple, je me souviens avoir été assez contrariée de ne pas avoir une peinture chiadée, de ne pas être une virtuose du détail et de la précision. J’ai pris conscience aujourd’hui que ce n’est pas forcément par-là que passe la peinture, en réalité c’est beaucoup plus compliqué que cela. D’ailleurs je n’aime généralement pas quand la peinture actuelle essaie de copier (techniquement) celle des grands maîtres.

TC : Tes tableaux sont dépourvus de toute présence humaine, bien qu’ils en soient des appels. Penses-tu qu’un espace est plus évocateur lorsqu’il est vide, qu’il est plus « obsédant » par cette attente d’une présence humaine ou animale ?

FA : Non, je ne dirais pas cela. La grande majorité des peintres qui me passionnent représentent la figure humaine. Le fait est que depuis que j’ai commencé ce travail autour de la représentation de l’espace et des objets, j’y suis totalement immergée. Je suis donc déterminée à poursuivre ce chemin, car je crois qu’il faut savoir s’en tenir à son sujet.
Par ailleurs, je ne considère pas qu’il y ait de hiérarchie dans les formes représentées. Un vase peut avoir tout autant d’importance dans un tableau qu’un nu. Je me sens très proche des idées que Fernand Léger a développées à ce sujet dans Les fonctions de la peinture.

TC : Tes tableaux sont un condensé de formes et de motifs. Ici, une histoire du collectif surgit : un espace de co-existence, de rencontre, de dialogue, une collection de formes, un collectif d’objets, de motifs, qui font tous face à une multitude de regardeurs. Étonnamment plusieurs lectures de tes tableaux évoquent leurs froideurs, leurs aspects inquiétants, mélancoliques, monacales, des tableaux envahis de solitude. Ils m’apparaissent pourtant saturés, peuplés, comme pris par le mouvement d’un kaléidoscope ou un ballet des mécaniques de formes.

FA : Lorsque la critique évoque une certaine mélancolie liée à mes tableaux, voire une froideur, elle fait référence à ma série précédente, celle sur les intérieurs.
Aujourd’hui, au contraire, mes tableaux sont denses, colorés et peuplés oui, par un grand nombre d’objets. La dimension décorative apparaît plus aisément au travers de motifs ornementaux, ce que j’assume totalement !
Ce passage des espaces vides aux intérieurs ornementaux est apparu progressivement en m’intéressant de plus en plus aux motifs géométriques. Le changement a opéré au travers des carrelages que je représentais dans mes tableaux précédents. Progressivement, ces carrelages sont devenus une grille : l’objet est devenu outil.

TC : Chacune de tes toiles fait éclater des motifs et des ornements. Qu’en est-il pour toi de cette « noblesse du décoratif » (Matisse) ?

FA : Pour moi toute œuvre d’art a une dimension décorative, plus ou moins grande, c’est certain. Dès le moment où vous placez un objet, quel qu’il soit, dans un salon ou dans un musée, son aspect purement esthétique est révélé.
À mon avis, il faut savoir doser, voire détourner cette dimension décorative. La manière dont je déploie mon motif ornemental sur toute la surface de la toile a quelque chose d’absurde et de fou. Les lignes se cassent, se distordent et renforcent l’aspect irrationnel de l’espace. J’ai une attirance viscérale pour les motifs décoratifs, mais je m’efforce de les détourner pour y ajouter une exaltation mentale supplémentaire.
Je me méfierais donc du décoratif pur. « Noblesse du décoratif », oui parce que c’est superbe d’assumer la jouissance que cela procure, mais à condition de savoir par ailleurs charger la toile d’autres types d’exaltations.

Diplômée de l’ENSBA en 2005, elle a été révélée notamment à la Ferme du Buisson, au salon de Montrouge, et dans le cadre de l’exposition Dynasty au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, et au Palais de Tokyo. Son œuvre a également été montrée au sein de l’exposition The Pompidou Center in the State Hermitage en 2010, dont le commissariat revint à Bernard Blistène. Lauréate du Prix Jean-François Prat en 2012, elle fut nominée en 2013 pour le Prix Marcel Duchamp avant de partir en résidence au sein de l’International Studio & Curatorial Program (ISCP) de New York.
Ses œuvres sont présentes dans les collections du musée nationale d’art moderne/centre Georges Pompidou, du Mac/Val (musée d’art contemporain du Val-de-Marne), du fonds national d’art contemporain et de la Fondation Louis Vuitton – LVMH, entre autres.
Le centre d’art contemporain Le Portique du Havre (France), lui consacrera une exposition du 28 novembre 2014 au 24 janvier 2015, ainsi que le centre d’art contemporain Le Grand Café de Saint Nazaire (France) du 11 octobre 2014 au 4 janvier 2015.

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vendredi 19/09 - samedi 1/11, 2014

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